Se placer en premier : cultiver un horaire qui prend soin de nous

by | Jan 15, 2026 | bien-être

Se placer en premier - Mouvement Intérieur. Centre de dramathérapie à Montréal

L’horaire comme espace sacré : se placer en premier

 

Travailler dans la relation d’aide, c’est offrir une présence sincère, une écoute active, et souvent une part de soi. Comme dramathérapeutes, on sait combien l’engagement émotionnel peut être aussi profond qu’expressif — et combien il peut aussi nous vider, surtout quand nos propres réserves sont à sec.

Depuis un certain temps, je me retrouve à jongler entre plusieurs rôles et responsabilités : un emploi à temps partiel, le développement de ma pratique privée, la création de Mouvement intérieur, ma vie de parent, mes relations polyamoureuses, et un processus de guérison toujours en cours, après avoir vécu des difficultés en milieu de travail. Chaque sphère m’apporte de la richesse, mais vient aussi avec son lot d’exigences.

Dans cette complexité, une chose revient sans cesse : le rendez-vous que je prends avec moi-même est souvent le premier que j’annule. Je me le promets, je le planifie… puis je le sacrifie pour un courriel urgent, une rencontre ajoutée, un imprévu familial. Et tranquillement, je m’efface.

Ce texte naît de ce constat. Il s’adresse à mes collègues dramathérapeutes, thérapeutes, travailleur·euses de la relation d’aide, qui, comme moi, donnent beaucoup — parfois au point de s’oublier. Il propose une réflexion sur l’importance de composer un horaire qui nous place au centre, sans culpabilité. Un horaire qui respecte nos cycles, nos limites, nos besoins — pour pouvoir mieux accompagner les autres, sans se perdre soi-même.

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L’épuisement empathique : comprendre et reconnaître les signes

 

Dans notre métier peu ordinaire, notre présence et notre créativité sont nos principaux outils. On entre en résonance avec l’autre, on écoute avec nos pores de peau, on soutient, on accueille, on embody, et souvent, on contient. Cette posture, aussi noble que nécessaire, puise directement dans nos ressources émotionnelles. Et lorsque ces ressources ne sont pas renouvelées, on glisse — parfois sans s’en rendre compte — vers ce qu’on appelle l’épuisement empathique.

Contrairement au burn-out classique, l’épuisement empathique ne vient pas nécessairement d’un trop-plein de tâches, mais plutôt d’un trop-plein de charges émotionnelles. C’est une fatigue qui s’installe à force d’absorber les récits de souffrance, de porter les silences lourds, de s’investir profondément dans les dynamiques thérapeutiques — tout en tentant de rester disponible dans sa propre vie.

Dans mon cas, j’ai souvent ignoré les signaux. J’ai poussé, étiré mes limites physiques et émotionnelles. Une baisse d’enthousiasme envers mon travail, une impatience envers mes enfants, des moments de vide après mes séances, des oublis répétés. Je me disais que ça passerait, que c’était normal, que je devais « tenir bon ». Mais ce n’est pas juste une question de résistance. C’est un appel à réajuster.

Reconnaître l’épuisement empathique, c’est accepter qu’on ne peut pas toujours donner avec la même intensité, ni s’oublier au nom de la passion. C’est aussi sortir de l’idée qu’on doit être disponible en tout temps — pour nos client·es, nos collègues, nos ami·es, nos proches — au détriment de notre propre équilibre.

Ce n’est pas un échec. C’est un signe. Et ce signe mérite d’être écouté. Mieux encore : anticipé. Prévenu.

 

 

Composer un horaire avec soin : dire « je compte »

 

Pendant longtemps, j’ai abordé mon horaire comme une grille de Tetris. Mon temps « libre » devenait vite une zone tampon pour les imprévus, les autres, les urgences — ou ce que je percevais comme tel. J’y ajoutais toujours quelque chose : un souper ou un café avec une amie, aller faire l’épicerie, placer un rendez-vous, répondre à un message que j’avais laissé traîner.

Et puis, au milieu de cette densité — entre mon travail salarié, ma pratique privée en croissance, Mouvement intérieur, la parentalité, les relations polyamoureuses et mon chemin de rétablissement — j’ai commencé à me dire que ce n’était pas envisageable de continuer comme ça à long terme.

Je me suis demandé : Et si mon horaire pouvait devenir un espace sacré? Une forme de soin envers moi-même?

Comme beaucoup dans les métiers du soin, j’ai longtemps vu les pauses comme des luxes optionnels. Dans mes anciens milieux de travail communautaire, je voyais rarement mes collègues prendre de vraies pauses — c’était presque mal vu. Les rendez-vous avec moi-même? C’étaient toujours les premiers que j’annulais. J’avais appris, consciemment ou non, que les autres passent d’abord. Que ma fatigue attendra. Que je dois être disponible. Présente. Solide.

Que ma fatigue attendra.
Que ma fatigue peut s’étirer.
Que ma fatigue attendra encore et encore.

Mais à force d’annuler mon propre rendez-vous, c’est moi que je mettais sur pause. Et je finissais par n’avoir plus rien à offrir — ni à mes client·es, ni à mes proches, ni à moi-même.

Aujourd’hui, je m’efforce de planifier mes temps de soin avec la même rigueur que mes rencontres professionnelles :

  • Un bloc horaire pour le yoga, pour l’entraînement, pour l’aquarelle, pour des exercices de gestion de stress (personnellement, j’ai découvert le TRE — Tension & Trauma Releasing Exercises — et ça a changé mon quotidien);
  • Une soirée où je ne suis là pour personne d’autre que moi. Dans la gestion familiale, on planifie des soirées parentales « off » à tour de rôle (j’ai le privilège d’être à deux parents). On essaie aussi de se prendre une soirée en amoureuses sans les enfants, au moins une fois par mois;
  • Un journal créatif, dans lequel j’écris quand j’en ressens le besoin : sur mes rêves, mes deuils, mes émotions. J’y fais aussi des rituels de pleine lune, en aquarelle ou en collage, pour me recentrer — au moins une fois par mois — sur mes objectifs, mes défis, mes souhaits;
  • Étant une personne avec un utérus et un système hormonal qui suit, j’ai commencé à intégrer plus de repos dans les périodes les plus énergivores de mon cycle. Je préviens aussi mes proches quand je suis dans ma période sensible, et que j’ai besoin de douceur, de calme.

Et surtout : je m’engage à ne pas les annuler, sauf en cas de réelle urgence — pas juste parce que « j’ai un trou » dans mon horaire où je pourrais « être productive ». Ça, c’est la partie la plus difficile. Je suis encore en train de travailler là-dessus. Ça prend plusieurs essais, plusieurs retours en arrière, plusieurs fois où on oublie… avant de vraiment intégrer ce réflexe.

Mais chaque fois que je sacrifie ce temps, je le ressens immédiatement : dans mon énergie, ma patience, mes émotions.

Composer un horaire avec soin, ce n’est pas juste une question d’organisation. C’est une posture. Une manière de dire : je compte.

Et si je veux continuer d’accompagner avec intégrité et présence, il faut que je me donne, à moi aussi, un espace pour me déposer.

 

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Avant de terminer, j’aimerais glisser un bémol important : prendre soin de soi ne devrait jamais devenir une autre forme de performance. Il ne s’agit pas de cocher des cases dans un horaire de « bien-être », ni d’atteindre une perfection tranquille.
Il s’agit d’apprendre à s’écouter, un peu plus chaque jour, à son rythme. Certains jours, le soin, c’est un bain chaud ou une marche en silence. D’autres jours, c’est simplement se permettre de ne rien faire, ou de ne pas être « au top ».

Le but n’est pas de faire mieux, mais d’être plus près de soi.